Quelle a été votre source d’inspiration pour commencer à peindre ?
J’ai travaillé comme art-thérapeute durant de nombreuses années. Pendant les périodes de vacances, j’ai commencé à peindre moi-même. Quand je suis revenue en Hollande, j’ai voulu faire de nouvelles connaissances et je me suis inscrite aux ateliers Zaterdag en 2005. Il s’agit d’un atelier portes ouvertes qui est ouvert le samedi et qui fonctionne très bien depuis plus de 40 ans. Sous la direction perspicace de Jan Willem Post, l’artiste responsable de l’atelier de peinture, j’ai développé mon propre style. J’ai peint et dessiné toute ma vie, et pourtant je n’avais jamais pensé faire de la peinture abstraite. La base de tout cela est mon expérience d’art-thérapeute.
Comment définiriez-vous la discipline de l’art-thérapie et votre vécu dans ce domaine ?
L’art-thérapie est une forme de psychothérapie qui s’appuie sur des images créées par le patient sous forme d’art spontané. Des analystes reconnus tel que C.G. Jung ont décrit la manière dont l’inconscient utilise des symboles pour communiquer, par exemple lorsque les gens font des rêves. Après avoir travaillé dans le secteur privé en post-thérapie reichienne durant sept ans, j’ai suivi une spécialisation en art-thérapie à Edimbourg. À cette époque mon travail artistique était beaucoup plus privé – ma propre communication avec mes symboles et mes rêves. J’ai alors travaillé en psychiatrie pendant 10 ans en Suisse. Ce n’est vraiment qu’à mon retour en Hollande que j’ai commencé à peindre pour l’amour de la peinture.
Donc, vous avez commencé à considérer votre travail plus en tant qu’artiste qu’en tant qu’art-thérapeute ?
Oui. On m’a toujours encouragée à créer. Quand j’avais neuf ans, ma mère m’inscrivit à des cours de peinture et de dessin. Le professeur aimait mon travail mais pas les autres enfants, j’ai donc du m’adapter pour leur plaire. Peut-être qu’au fond de mon cœur, j’ai toujours rêvé d’être une artiste. Cependant, j’ai grandi dans une famille pratiquante avec ses histoires de la Seconde Guerre Mondiale et je ne pensais donc pas qu’il était possible de gagner sa vie en choisissant cette voie. Quand j’ai eu 18 ans, je suis devenue journaliste, j’avais alors de grandes idées pour changer le Monde. Puis, en 1981, je suis partie en Écosse où j’ai vécu de petits boulots et me réjouissais de vivre au milieu de la nature. Ces expériences sont présentes dans mes peintures – l’amour pour l’Écosse. Je n’ai jamais porté beaucoup d’intérêt sur les critiques de mes peintures et de mes dessins. C’était si naturel. Je suis capable de contempler mes propres peintures autant que pourrait le faire quelqu’un qui ne les a pas peintes – comme s’il s’agissait de choses qui ont grandi en moi plutôt que quelque chose que j’ai prévu de faire.
Pourquoi pensez-vous que vous avez ce détachement ?
Je m’attache à ce que les peintures sont, pas à ce que j’ai fait. Je pense que c’est parce que cela ne m’impose aucun effort. C’est quelque chose que j’ai toujours eu sans avoir à travailler pour l’avoir – dessiner ou observer les choses. C’est certainement une partie profondément ancrée en moi – l’intensité à regarder ou ressentir des atmosphères – à laquelle je ne veux même pas penser. D’une certaine façon, les peintures sont quelque peu impersonnelles. On y trouve rarement des personnages ni des expressions d’émotions fortes. Ce sont des fragments de choses que j’ai observé et aimé – la lumière sur des choses, des paysages. Elles contiennent aussi la vitesse d’un voyage en train ou en voiture et l’image qui en demeure sous vos paupières fermées avant de vous endormir. Ou les mondes dans vos rêves qui subsistent quand vous ouvrez à nouveau les yeux…
Comment décririez-vous votre travail artistique à ceux qui le découvrent ?
Il est vraiment élémentaire. Je dirais qu’il est coloré et que je travaille avec l’ombre et la lumière. J’aimerais penser que c’est ce que font la plupart des peintres, mais quelques artistes travaillent beaucoup plus sur les formes, les lignes et les sentiments.
Je vois vraiment beaucoup de lumière dans votre travail. Celui-ci m’emporte vers un lieu très paisible et réfléchi. Je pourrais rester des heures à regarder vos œuvres, en me laissant aller à mes rêves.
C’est intéressant parce que, dans un sens, c’est ce que j’ai fait. J’ai regardé fixement ces endroits, aussi bien à l’extérieur de moi qu’à l’intérieur parce que beaucoup viennent de mon monde intérieur, depuis bien longtemps. C’est pourquoi une autre personne peut arriver à ressentir cette sensation. Ma mère m’a fait le plus beau compliment que j’ai jamais reçu. Elle m’a dit qu’elle imagine que quand elle mourra elle ira voir les endroits bienveillants qu’elle voit dans mes peintures.
C’est un merveilleux compliment de votre mère. Quelle est votre technique lorsque vous créez vos œuvres ?
Je fais des couches et des couches de peintures. Je crée les peintures directement sur la toile. Parfois, j’ai du blanc d’un côté du pinceau, du noir de l’autre et une autre couleur au milieu. Je les mélange souvent à même la toile. J’obtiens parfois une couleur que je trouve très laide, mais c’est le contraire de la couleur qui ressortira plus tard. D’autres fois, je travaille sur trois toiles à la fois si j’ai beaucoup d’énergie. Tu peux aussi travailler trop longtemps sur une peinture. Je passe de longs moments à uniquement regarder et à boire du café, avant de me décider sur ce que je vais faire ensuite. C’est la partie la plus difficile. J’ai appris que parfois il faut s’arrêter au point de tension maximum.
Ceci est très vrai. Vous ne voulez pas trop réfléchir au procédé. Quels sont vos œuvres favorites et pourquoi ?
Door et Doorway ont tendance à être mes pièces favorites parce que je ne pense pas que je serais capable de les refaire. La lumière est intense. Ce sont comme des fenêtres et des portes devant lesquelles vous passez la nuit. Il y a ce désir – cette touche de lumière sous la porte. Vous êtes à l’extérieur, dans l’obscurité, et vous voulez entrer à l’intérieur.
Est-ce que ces portes vous évoquent l’envie de retourner dans des endroits familiers ?
Oui, j’ai habité dans trois pays différents, j’éprouve donc souvent de la nostalgie pour un de ces endroits – pour les amis qui s’y trouvent et les paysages que j’y ai vus. C’est peut-être ce que ressentent les gens avec mes peintures – la nostalgie d’une maison familière.
Theresa Barbaro