FICHE ARTISTE
Peintre expressionniste à la touche matiériste et vigoureuse, Faso s'attache à représenter les dures réalités de la condition humaine telles que la misère, la détresse, la solitude, la peur ou encore la souffrance. Au travers d'êtres à vif affichant leur mal-être de plein fouet, il nous y confronte avec force, nous engageant, en tant qu'homme, à ouvrir les yeux et à compatir. C’est une grande leçon d’humanité que nous propose Faso et cela dans un style hérité notamment des expressionnistes allemands du début du XXe siècle tout comme d’un Bacon ou d’un Rembrandt.
De part leurs postures et la mise en espace dans la toile, vos personnages ont l’air d’être de véritables Icones. Votre travail aurait-il à voir avec le Sacré et la condition humaine ?
Il est vrai que la plupart de mes travaux fonctionnent comme des scènes de vies. J’aime parler d’« histoires ». Je me sens être plus finalement conteur que peintre. Avec mon point de vue, mes gestes, mes mains et mes pinceaux, j’injecte un caractère Sacré à mes personnages. Ce sont très souvent des gens réels devenus par ma vision des choses, des sujets d’inspiration radicalement forts et quelques fois loin de la réalité dans lesquelles je les ai rencontrés. Quelque part je me sens imprégné, voir investi par ce que je dessine et ce que je peins. Je raconte des histoires qui deviennent à mon sens un témoignage iconographique. Une preuve de l’existence de mes personnages et de moi-même. De plus, mon passé de graphiste me permet de schématiser une idée et de tenter de la rendre simple et cohérente comme si en quelque sorte je devais faire la promotion d’un produit. J’aime donner « forme humaine à une idée ». Aller à l’essentiel tout en y mettant beaucoup de punch et de sensibilité mais sans en faire non plus une description trop évidente de manière à toujours laisser l’ouverture à la réflexion du spectateur. Je me sens être un révélateur - témoin de ma société. J’y injecte une part des joies et angoisses des autres et aussi les miennes.
D’où surgissent vos personnages et quelle histoire nous racontez-vous ?
Une bonne part de mon inspiration vient de mon environnement quotidien. Cela peut-être un sentiment ou bien une scène de la vie. Des gens rencontrés ou aperçus dans la rue sont un facteur souvent de démarrage. Il y a des « moments » récupérés par ci par là. Des fragments. Des situations que j’observe au quotidien : Un homme étrange marchant dans la rue, un mendiant assis, un homme et une femme s’embrassant, un regard fugace, une expression de joie ou de peur. Tout est bon à prendre. Je suis une éponge et mon but est de voir pour mieux ressentir. Tout cela donne prétexte à un titre, un symbole fort et donc une IMAGE. Ces « histoires » que je propose ont une consistance et une puissance qui pour moi a un rapport direct au Sacré. J’essaie de transmettre des mots et des images qui se transforment en une forme d’iconographie : Un tableau ou un dessin. Je choisis un cadrage, une position, un graphisme et une manière plastique d’évoquer l’objet de l’histoire tout en y ajoutant très souvent une bonne dose d’humour et de colère mélangées. Chose pas si simple.
Votre facture picturale est un mélange de violence et de douceur, quels rapports entretenez-vous avec la toile et la peinture ?
La toile tout comme le papier me donne un moyen d’exprimer et d’expérimenter mon énergie et ma créativité. C’est, je pense le point de départ. « Partir de rien pour arriver à pouvoir tout faire ». Pendant longtemps mon support unique était le papier. Depuis 2006 je travaille la toile de la même manière que je travaillais le papier. J’aime le rapport que j’ai avec l’ensemble de mon corps quand je travaille sur toile ou sur papier. La plupart du temps debout. Le fait de travailler maintenant sur des formats plus grands me donne plus d’assurance. Quand je « tape dans la toile ou le papier », je suis ailleurs. Je me sens comme dans un autre monde et le monde réel n’est plus là. Quelques fois, je suis colère, quelques fois, je suis douceur. Il me semble important d’être au plus près de ses émotions quand on peint. C’est pourquoi je cherche surtout à explorer l’étendue de mes capacités graphiques et picturales par le biais d’une expression forte.
Julie Perin