Marika Maiorova Dadiani, ou Marika Maiorova Aka Marikama Dado, est née à Tbilissi, en Géorgie, a grandi à Moscou en Russie et a obtenu un diplôme de scénariste au VGIK, institut public russe de cinéma. Elle est ensuite partie pour New York dans les années 90 et a suivi un programme d’études supérieures en réalisation cinématographique à l’université de Columbia. Elle a co-créé la marque de mode Dadiani-Salerno, créé la marque de mode Dado et imaginé et réalisé plusieurs collections de vêtements et accessoires modernes pour femmes. Elle a également travaillé sur des costumes de films et de pièces de théâtre, réalisé des vidéos, mélangé plusieurs genres de médias et organisé trois expositions multimédia indépendantes – dont la galerie éphémère Loft in the red zone de septembre à octobre 2011. Elle vit actuellement à New York et prépare sa deuxième exposition personnelle No Comment Volume Art #3 pour le MMOMA à Moscou.
Marika Maiorova, comment en êtes-vous arrivée à organiser cette exposition et quelle a été votre source d’inspiration pour ce projet ?
J’étais en train de créer une pièce artistique conceptuelle en hommage au 11 septembre pour un projet spécial destiné au musée d’Art moderne de Moscou. C’était une « installation de poussière », une sorte de récupération artistique d’une destruction, dans ce cas précis, la Zone Rouge autour de Ground Zero.
Durant ces dix dernières années, chaque mois de septembre, j’ai ressenti la douleur, la tension, l’odeur dans l’air. En 2001, je vivais près de Canal sur Mulberry Street et je travaillais dans un atelier sur Warren Street. Je devais donc traverser la Red Zone, ce quartier dévasté par les attentats du 11 septembre, et je voyais alors toutes ces maisons abandonnées pleines de poussière et en ruines, les ateliers vides de new-yorkais. Cette sensation forte et impossible à oublier est restée dans mon esprit pendant toutes ces années.
Il y a un lien entre la poussière et la vie – et ce n’est pas une scène de victoire. La pérennité offre une solution à la souffrance et une réponse au besoin de renaissance des dynasties tombées.
Je voulais donc créer une installation avec de la poussière. Dans cette installation, je voulais montrer le travail des artistes de New York, pour la plupart du centre-ville, les « premières expressions artistiques » sur le 11 septembre.
Vous avez créé deux manteaux présents sur cette exposition. Ils sont très beaux, surtout le rouge foncé. Pouvez-nous nous expliquer ce qu’il signifie ?
En 2001, j’étais créatrice de mode. Trois jours avant le 11 septembre, mon associée de l’époque, Anita, et moi avons lancé notre collection de mode, Dadiani Salerno. Bon, inutile de dire que cela n’a pas fonctionné ! Ces manteaux faisaient partie de ma première collection de mode personnelle, Dado, que j’ai réalisé en réponse au 11 septembre. Les manteaux étaient des pièces maîtresses de cette collection, que j’ai appelée « Discipline ». Le manteau rouge faisait référence à l’effusion de sang que je sentais dans l’air. Le manteau gris a été conçu pour soutenir les pompiers au travers de la mode. C’est ma dédicace.
Comment avez-vous trouvé le titre de l’exposition, Loft in the Red Zone ?
La Red Zone est la partie fermée au public, celle de la poussière et des débris. Je voulais recréer l’espace de travail d’un artiste de cette zone. Ce quartier de New York était connu pour ses lofts où beaucoup d’artistes vivaient.
La date de création des œuvres choisies pour l’exposition va de 2001 à 2011. Était-il important pour vous de montrer des travaux réalisés à différents moments après le 11 septembre?
Cela m’intéressait de voir les premières réactions des artistes aux évènements du 11 septembre. Quand j’ai commencé à rassembler les œuvres pour l’exposition, j’ai très vite réalisé qu’il était impossible de se focaliser uniquement sur la date. On ne peut pas sous-estimer le processus de guérison que l’art propose, parfois sur de très longues périodes. Pendant l’exposition, j’ai découvert que, dans beaucoup de cas, les gens n’ont pas encore géré leur douleur et leurs souvenirs. Je vois la souffrance et je veux aider en proposant l’art comme une solution possible.
Les travaux exposés reflètent ce que les artistes ont vécu et qui ils sont aujourd’hui.
Oui. Les gens ressentent encore très fortement le 11 septembre et ont besoin de continuer à s’exprimer sur le sujet. Je pense que tout n’est pas encore dit. Chaque nouvelle création apporte une nouvelle perspective. Selon moi, ces œuvres marquent le début d’une nouvelle époque.
L’espace lui-même est assez vide – exprimant le processus de reconstruction et permettant également aux œuvres de parler d’elles-mêmes. Comment avez-vous choisi ce lieu? L’artiste, Lee Wells, en parle comme d’un lieu recréant l’espace d’un artiste du centre ville resté ensuite comme endormi. Pouvez-vous nous en dire plus?
En fait, je n’avais pas une telle ambition. Je cherchais surtout un espace vide pour y installer cette exposition. Quand j’ai découvert ce lieu, j’ai su que je ferais tout pour l’avoir. C’était comme si j’avais été poussée vers cet endroit d’autant plus que je recherchais aussi une solution technique pour mon installation de poussière. Quand j’ai vu les plafonds, j’ai été totalement convaincue. Conceptuellement, l’endroit était parfait à différents niveaux.
Autrefois, cet immeuble était le siège de la banque JPMorgan. Pour moi, organiser une exposition sur les ruines du World Trade Center à l’endroit même du symbole du capitalisme américain avait une signification très importante. J’avais l’impression de lier le commerce et l’art.
Qu’espérez-vous que Loft in the Red Zone communique au public?
Il était important de montrer et de parler de l’art comme d’un possible moyen de guérison. J’espère que cette exposition aidera à la guérison des spectateurs, des artistes et de la société. J’espère que nous réussirons à surmonter la peur et la tension de cet évènement. Je conçois cette exposition ici, dans le Loft, comme une sorte de thérapie.
Quel effet cette exposition a eu sur vous ?
Je pense qu’elle a renforcé ma foi – ma foi en Dieu et en la vie. J’ai confiance dans l’état d’esprit des gens. La vie continue. L’esprit créatif nous conduit à documenter ce moment et ce pendant de longues années.
Theresa Barbaro